Cela pourrait presque ressembler à une recette de cocktail (comme il y en a tant dans ce court roman) : prenez un hôtel, quelque part dans le sud. Mettez-y un
comptoir, avec tout ce que l'humanité a pu créer d'alcools, le tout servi à volonté. Entourer cet hôtel d'une ville dans laquelle rôde un vilain virus, qui contraint tout individu à rester confiné chez soi. Mais surtout, surtout, ajoutez-y les ingrédients principaux : une bonne poignée d'écrivains, de poètes, d'artistes, morts ou vivants, parmi les plus célèbres (tels que
Molière, Camus,
Hemingway,
Rabelais, Hugo, Céline ou Djian,
Houellebecq, Despentes...) Ajoutez-y un Homme du Bar, secret et peu bavard (mystère le plus total sur la raison de leur présence dans cet hôtel), mais qui dicte les règles : personne ne doit sortir. Et laisser agir (sans même agiter).
Alors bien entendu, passées l'incrédulité et les premières interrogations, il n'y a plus qu'à patienter (« nous voilà ‘confinés'…, comme ils disent, avec le reste de nos frères humains. Je ne sais pas ce qu'ils attendent de nous. Ne me demandez pas ce qu'ils espèrent de nous. Alors vivons ! Vivons pour le temps qu'il nous est donné de le faire à nouveau. Vivons mes amis ! Il en restera toujours quelque chose ! »).
Rapidement, les particules artistiques élémentaires commencent à interagir entre elles dans ce huis-clos irréel. Chacune a sa trajectoire propre (son passé et ses ambitions, son passé, sa haute opinion de la littérature, de la poésie, de l'Humanité, de l'amour, des hommes et des femmes…). A force de tournées générales et de cocktails en tout genre (« Buvons à l'Homme ! Buvons à ses rêves ! »), le bocal hôtelier cosy commence lentement à se transformer en accélérateurs de particules. Elles s'agitent, elles s'excitent. Certaines montent en température. D'autres, flegmatiques ou plus sages observent ou vivent leur vie. D'autres encore entrent en collision (lire la joute verbale entre Despentes et Céline est réel bonheur). Les tontons flingueurs remplacés par une brochette d'artistes renommés.
Le roman est court, mais dense, truffé de dialogues tour à tour sensibles, philosophes, drôles, cocasses, caustiques, violents, … en un mot, jubilatoires. L'auteur
Ollivier Errecade, professeur de lettres dans le civil, sait jongler avec les références biographiques de chacun et chacune. Les sujets de discussions se succèdent, qui sont autant de débats potentiels entre époques, positionnements, styles, … le tout dans des dialogues hauts en couleurs !
La petite maison d'édition Red'Active implantée dans les environs d'Aix-en-Provence porte là un auteur qui a du chien et de la suite dans les idées, et un très bon roman. Un roman que l'on adorerait voir adapté au théâtre !